On a trouvé l’adresse la plus secrète des Vosges alsaciennes
Au cœur des Vosges, entre Strasbourg et Colmar, une étape familiale à flanc de douce montagne a été transformée au fil des ans en une adresse d’exception. Une halte à la fois wellness et gastronomique, d’où partir à la découverte des environs, pour mieux revenir s’y réchauffer.
À quelques semaines de Noël, alors que l’Alsace entière s’illumine et bruisse des préparatifs et réjouissances de l’Avent, la vallée de la Bruche, cachée dans les premiers contreforts des Vosges, conserve son allure immuablement « nature », parfois sous la neige… Cette vallée, qui s’étend du Piémont au cœur du massif des Vosges centrales, aux confins de la Lorraine, donne une image insolite du paysage alsacien, débarrassé de ses colombages et en version française, bordée des plus hauts sommets du Bas-Rhin. C’est là que l’on trouve le point culminant du département, à 1099 mètres d’altitude, où l’on peut pratiquer le ski nordique sur un plateau préservé, le Champ du Feu.
Une histoire de famille
En remontant la vallée et en longeant la Bruche vers l’ouest, la route se rétrécit à mesure qu’elle s’enfonce dans la forêt de hêtres et d’épicéas. Le temps ralentit, les forêts s’épaississent, l’Alsace se fait plus secrète, l’air plus pur. À quelque 45 minutes de Strasbourg, on quitte la vallée à Saint-Blaise pour gagner Colroy-la-Roche, qui s’ouvre comme un balcon entre deux monts. On ne se rend pas par hasard dans ce village préservé à 530 mètres d’altitude, longtemps resté à l'écart des grands itinéraires du Bas-Rhin. Jusqu’en 1974 exactement, date à laquelle Arlette et Marcel François ont établi sur le lieu-dit du pré des Cheneaux, dominant le village, une belle auberge de pierres locales et bardages de bois massif, dotée de dix chambres et vite devenue le premier Relais & Châteaux d’Alsace. L’accueil familial et chaleureux et les qualités de la cuisine de terroir servie à La Cheneaudière ont rapidement fait connaître l’adresse bien au-delà du Grand Est.

Agrandi au fil des ans, l’établissement attendra toutefois les années 2000 et la reprise en main par le petit-fils des fondateurs, Nicolas Decker, pour connaître un nouveau souffle. Ou plutôt une tornade : d’ambitieux programmes de rénovation et d’extension, comprenant notamment un spa, ont porté l’ensemble à 45 chambres et suites spacieuses, jusqu’à plus de 60 m2, lui permettant d’arborer 5 étoiles à partir de 2017. Côté restauration, l’ambition ne manquait pas non plus, avec la création d'une nouvelle et vaste cuisine professionnelle, et de trois espaces de restauration distincts.
Une table doublement toquée
Pour diriger cet ensemble, à la retraite du chef Roger Bouhassoun en 2021, Nicolas Decker est allé chercher son futur responsable jusqu’à l’Oustau de Baumanière, où ce dernier était sous-chef. Ce n’était pas un inconnu : Alsacien venu de la vallée de Munster et formé à Colmar, Jean-Paul Acker, Grand de Demain 2025, avait débuté dans les cuisines de La Cheneaudière avant d’y être nommé second, jusqu’à son départ en 2018. Il règne désormais sur les deux salles du soir : Le Chêne, bistrot contemporain de 60 couverts, où il élabore une cuisine régionale maîtrisée, et Le Feuillage (14/20 – 2 toques), ex-La Table des Chefs, cocon feutré pour trente heureux élus. Le chef y propose deux menus dégustation. Le premier est tourné vers le végétal, avec une part majoritaire de produits de la région, tandis que le second démontre à chaque assiette le talent du chef pour mettre en scène, et en sauces subtiles, les viandes, volailles et poissons travaillés par un réseau de petits producteurs des vallées voisines.

Un spa d’exception
À moins d’une heure de Strasbourg comme de Colmar, à 45 minutes de Sélestat, La Cheneaudière permet de rayonner jusqu’aux bords du Rhin pour découvrir les 170 km de la route des vins d’Alsace, la plus ancienne route des vins de France, créée en 1953, et ses paysages de vignes et de cités médiévales. Mais il serait dommage de ne pas profiter du vaste spa de l’hôtel, qui compte 2500 m² de piscines, saunas, hammam, salles de soins et parcours douillets ou vivifiants, avec vue sur les collines ou le village. Après tout, il sera toujours temps de retourner à Colmar pour visiter les canaux pittoresques de la Petite Venise et ses édifices gothiques et Renaissance. Et bientôt, une raison supplémentaire d’y revenir : l’ouverture du nouveau et ambitieux projet de Nicolas Decker, la Villa Cose, un hôtel-spa 5 étoiles de 23 chambres dans une villa du XIXᵉ siècle, est, après des années de travaux, annoncée pour le début de l’année 2027, sur les rives de la Lauch…
Cet article est extrait du guide Grand Est. Celui-ci est disponible en librairie et sur le e-shop Gault&Millau.